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De la haute technologie pour le Korrigan, un fusil de chasse – Betton

Ouest-France jeudi 22 novembre 2012

 

Fusil Korrigan, Ouest-France, 22 novembre 2012

Fusil Korrigan, Ouest-France, 22 novembre 2012

Installée à Betton depuis vingt-cinq ans, l’armurerie Saint-Michel innove et installe une ligne de montage. Objectif : produire une cinquantaine de fusils Korrigan, chaque année.

L’histoire

Formé à l’école de Saint-Étienne, Philippe Moralès, armurier, a débuté sa carrière à la direction technique du ministère de l’Intérieur, à Rennes. « On contrôlait et réparait les armes de police de la troisième région militaire. dix mille armes environ … »

De quoi se tailler une solide réputation d’expert, une fonction qu’il exerce d’ailleurs auprès de la Cour d’appel de Rennes, en tant qu’expert judiciaire armurerie et balistique.

Il y a 26 ans, Philippe Moralès a tiré un trait sur sa carrière à l’Intérieur pour ouvrir, à Betton, l’armurerie Saint-Michel, vente, réparation et fabrication de pièces et d’armes.

« Nous pouvons répondre à une demande très personnalisée, proposer un produit sur-mesure. » Pour le plaisir ou le confort du tireur, par goût ou pour coller à une morphologie, un handicap… « On va par exemple travailler avec Thibault André, qui pourrait se qualifier pour les prochains Jeux olympiques. On lui fabriquera sa crosse, il a une manière très singulière d’épauler. »

Une chaîne de montage

Actuellement, Philippe Moralès travaille à l’installation d’une chaîne de montage, dans son atelier. Son projet : « créer une ligne de production pour le Korrigan, un fusil de chasse que j’ai mis au point ».

« Fusil à deux canons superposés, grand public, mais personnalisé », Philippe Moralès a fait tester son Korrigan par des chasseurs expérimentés. « Il est très souple, très léger, robuste : on a tiré des milliers de cartouches avec. »

Le Korrigan dispose de pièces de haute technologie novatrices, pensées et fabriquées en partenariat avec des élèves de microtechnique du lycée technique Laënnec, à Rennes, et de leur professeur, Christian Charrette : portée de recul haute et portée de recul basse, charnière intérieure, ainsi qu’un ressort à lame, qui permet une friction contrôlée au basculage, « il est très agréable à manipuler ».

Ce n’est pas la passion pour les armes qui a amené Philippe Moralès à l’armurerie. « J’ai commencé par la chasse, qui m’a amené à la technique, puis à l’arme. Je suis avant tout passionné de technique. »

Tout comme Arnaud Ogier, qu’il emploie depuis dix ans, titulaire d’un brevet des métiers d’art, option armurerie, obtenu également à l’école de Saint-Étienne. « Les armes, c’est de la mécanique de précision, comme l’horlogerie. On touche à tout, le bois, l’acier. » Une profession dont les effectifs ont fondu, « ils étaient 20 000 après-guerre, nous ne sommes plus que 700 aujourd’hui ».

La ligne de production devrait être effective début 2013 et la première année, Philippe Moralès compte produire une cinquantaine de fusils Korrigan. Quitte à monter en puissance, par la suite et, pourquoi pas, embaucher une, voire plusieurs personnes.

Ses fusils, garantis 10 ans, Philippe Moralès les vend sur devis, . « C’est  plus cher qu’un fusil turc, mais tellement différent. » Fidèles, ses clients ne s’y trompent pas. Chasseurs, ils viennent parfois de la région parisienne, du bordelais, d’Albi, « de toute la France, en fait ».

Brigitte SAVERAT-GUILLARD
http://www.ouest-france.fr/2012/11/22/betton/De-la-haute-technologie-pour-le-Korrigan-un-fusil-de-chasse–64048861.html

 

 

Avec ses inventions, l’armurier est désarmant

Ouest -France Vendredi 30 avril 2010

 

Article Ouest France 30 avril 2010, L'armurier est désarmant

Philippe Morales, armurier à Betton, ne se contente pas de vendre et de réparer des fusils. Il en invente aussi.
L’histoire

Philippe Morales, c’est un peu le Lucky Luke de l’armurerie. Ce professionnel, installé depuis 1987 à Betton, au nord de Rennes, dégaine les innovations plus vite que son ombre. Il en compte déjà une vingtaine à son actif : une machine à cintrer les crosses, un système pour les tireurs dont l’oeil directeur est opposé à la main forte…

« Un armurier qui répare, c’est courant. Mais un armurier qui invente des armes, c’est déjà plus particulier », concède Yves Gollety, le président de la chambre syndicale des armuriers (1).

Les dernières innovations de Philippe Morales figureront tout prochainement sur le Dakota premium : un fusil semi-automatique avec une chambre d’absorption des gaz.

L’armurier y a notamment simplifié le système de démontage du canon de fusil. « Il n’est composé que de trois pièces. On limite ainsi l’encrassement et on augmente le rendement avec des cartouches de 24 à 36 g », précise-t-il. Les chasseurs apprécieront tout prochainement.

Son fusil est fabriqué en Espagne

L’innovation de Philippe Morales a en effet séduit le fabricant d’armes espagnol Lanber armas. « Il a vraiment de bonnes idées, convient Jesus Echabe, de la société Lanber. La commercialisation du fusil devrait désormais débuter d’ici à trois semaines. Et nous sommes optimistes. » Le fabricant espère en effet pouvoir en vendre mille exemplaires à travers le monde dès la première année. Qu’importe le nombre. Philippe, lui, vise déjà sa prochaine innovation. « Ce sera un fusil très léger, très esthétique et très robuste », appâte-t-il sans vouloir en dire davantage. L’ancien élève de l’école nationale d’armurerie de Saint-Étienne est ainsi. Il semble charger et décharger ses neurones en permanence. Et quand il n’invente pas un nouveau mécanisme pour un fusil, il met au point de nouvelles machines pour son atelier ou encore un stand de tir dont la cible en carton est emmenée et ramenée à l’aide du moteur électrique d’une… perceuse !

Il ne dépose pas de brevets.

Bref, celui qui est aussi expert auprès des tribunaux, possède plus d’une corde à son arc. Mais si celui-ci aime innover, il n’est pas du genre à chercher des crosses à tous ceux qui seraient tentés de le copier.

Pas question, pour lui, de déposer un brevet industriel à chaque invention. « Si des Chinois ou des Turcs veulent copier mes innovations, ce n’est pas moi, simple artisan armurier, qui vais pouvoir engager des démarches pour les en empêcher », estime-t-il, pragmatique.

Ce professionnel, membre de la coopérative Unifrance, préfère avoir recours à la simple enveloppe Soleau : un document officiel qui, sans être un titre de propriété industrielle, permet de dater de façon certaine toute création. C’est ainsi. L’homme aime avant tout les armes. Pour leur mécanisme. Pour ce qu’elles peuvent représenter aussi. « On l’oublie trop souvent. Mais c’est également un outil de défense de la liberté », assène-t-il, un brin provocant.

En somme, comme disait le philosophe Emil Michel Cioran, « les armes de dissuasion ne sont efficaces que si l’on ne s’en sert pas »

(1) Environ 600 armuriers sont répertoriés en France.

Pierrick BAUDAIS

http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-Avec-ses-inventions-l-armurier-est-desarmant-_-1356467——35238-aud_actu.Htm